‘Gunnera Leaf’ de William Amor pour DIOR Haute Couture SS 2026 by Jonathan Anderson – Paris
Il y a, dans cette feuille déployée, quelque chose d’un abri primaire.
Une architecture de fraîcheur, une palme végétale ouverte au-dessus du monde.
La structure entière — tige, nervures, réseau capillaire — est née du laiton. Un laiton sauvé, recueilli en 2023 à la fermeture de l’entreprise Weber Métaux, dans le 3ᵉ arrondissement de Paris, mêlé aux fragments d’anciens projets de William Amor. Ce métal, autrefois utilitaire, devient ici matière sensible. Sous la main, il est ciselé, travaillé avec une minutie d’orfèvre : chaque nervure est gravée, tendue, ramifiée avec une précision telle qu’elle semble avoir poussé naturellement. La brasure à l’argent unit ces fragments en une ossature vivante, puis le polissage révèle une peau métallique où la lumière circule comme une sève.
Sur cette charpente précieuse, la couleur advient.
Peinte et patinée au pinceau, la surface du métal se nuance, se trouble, se réchauffe. Les dégradés apparaissent, subtils, presque organiques — du vert profond aux rouges sourds de la tige — jusqu’à donner l’illusion troublante d’un végétal plus vrai que nature, comme si le métal se souvenait d’avoir été feuille.
Le reste du limbe naît d’un autre sauvetage : celui de la tarlatane.
Ces fragments textiles, récupérés en 2020 dans les ateliers René Tazé, imprimeur d’art en taille-douce, portent déjà en eux une mémoire d’encre et de gestes. Ils sont ici transfigurés. Teints par bain, imprégnés de pigments, ennoblis par un enduit coloré, ils deviennent surface, chair, souffle.
Vingt-six patrons ont été découpés, ajustés, appliqués avec une précision quasi anatomique à chaque intersection de nervure, comme autant de cellules recomposées.
Le bord de la feuille, lui, est un travail de patience extrême :
effiloché fil à fil, étiré à la pince, puis teinté de rouges vibrants.
Il retrouve ainsi la dentelle irrégulière, crénelée, du Gunnera — cette frange vivante qui capte la lumière et l’air.
Un gaufrage au fer chaud vient ensuite inscrire dans le textile les sillons, les reliefs, la texture si particulière de cette plante : une peau presque animale, dite « peau de crapaud », où la matière semble frémir.
Enfin, surgissent les épines — souples, translucides — réalisées en silicone filé, déposées une à une à la seringue. Teintées de rouge, elles ponctuent la surface, rappelant les tensions chromatiques de la tige et des bordures.
Elles sont à la fois défense et ornement, détail et signature.
Ainsi recomposée, la feuille de Gunnera devient plus qu’une reproduction. Elle est une transmutation. Un objet de passage où le rebut devient précieux, où la mémoire industrielle et artisanale se fond dans un imaginaire végétal.
Sous cette ombrelle haute couture, l’artiste ne copie pas la nature : il la prolonge.
À la croisée du naturaliste, de l’orfèvre et du chimiste, William Amor façonne une œuvre où chaque geste répare, assemble, révèle.
Et dans cette feuille- parure offerte comme un refuge, persiste une promesse silencieuse :
celle d’une beauté née de la métamorphose, fragile et souveraine.
Crédit photo ©Dior – 2026
En janvier 2026, au Musée Rodin, Jonathan Anderson présente son premier défilé Haute Couture pour la maison DIOR. Un défilé imaginé par le nouveau directeur artistique de la maison comme une une balade bucolique et poétique dans un jardin anglais.
Pour cette collection la maison DIOR à sollicité l’artiste plasticien William pour concevoir une sculpture feuille géante ultra réaliste de Gunnera dans sa signature artistique. Pour le défilé la sculpture est portée comme une ombrelle romantique
Environ 400 heures ont été nécessaires à la réalisation de cette sculpture.
- 150 heures pour réaliser la structure de la feuille, tige et l’ensemble du réseau de nervures en laiton.
- 250 heures ont été nécessaires pour monter la pièce, assemblage de matière, texture et cosmétique.
- 50 heures pour les détails et finitions.
ÉQUIPE PROJET
William Amor, Valérie Henry, Rémy Jarnoux et Marion Le Bellec.

